GROUPE FRANCOPHONE
DE REHABILITATION AMELIOREE APRES CHIRURGIE

Effects of anaesthesia and analgesia on long-term outcome after total knee replacement: A prospective, observational, multicentre study. Bugada D, Allegri M, Gemma M, Ambrosoli AL, Gazzerro G, Chiumiento F et al. Eur J Anaesthesiol 2017;34:665-672.

Résumé

Introduction : L'anesthésie loco-régionale (ALR) permet d’obtenir une analgésie post-opératoire efficace après arthroplastie totale du genou (PTG) et probablement de diminuer le risque de persistance d’une douleur chronique (dl chr.) à 6 mois.
Matériel et méthodes : Le but de cette étude était d'évaluer l'impact de l'ALR sur la persistance d’une dl chr. à 6 mois (définie par EVA>3 au repos ou à la mobilisation et consommation d’antalgiques), les résultats fonctionnels à long terme et la qualité de vie (QV) après PTG. L’étude a été proscpective, observationnelle et multicentrique incluant les patients opérés d’une PTG unilatérale, ASA 1 à 3 et jamais opérés du genou. La dl chr. a été évaluée par un investigateur en aveugle par téléphone à 1, 3 et 6 mois, ainsi que la satisfaction du patient, la QV et la capacité de marche.
Résultats: 5 hôpitaux privés ou universitaires italiens ont inclus 563 patients de 2012 à 2015. A 6 mois, 21,6% des patients avaient une dl chr. et l'autonomie n'a été améliorée que dans 56,3% des cas. La qualité de vie a été aggravée ou inchangée chez 30,7% des patients et améliorée chez 69,3%. Les patients ayant eu une ALR continue (nerf nerveux périphérique avec cathéter ou péridurale) présentaient une EVA plus basse à J1, J2 et jusqu'à 1 mois comparativement au bloc nerveux périphérique à injection unique et à ceux qui n'avaient reçu aucun type d’ALR. Aucune différence n'a été trouvée entre ces 2 derniers groupes. La dl chr. à 3 ou 6 mois n'étaient pas significativement influencée par le type d'analgésie postopératoire. Un score EVA plus élevé à 1 mois, un âge jeune, des antécédents d'anxio-dépressif, un statut pro-inflammatoire, un IMC plus élevé et un score ASA bas étaient associés à une incidence plus élevée de dl chr. et à une moins bonne QV à 6 mois.
Conclusion des auteurs : l’ALR continue procure un bénéfice analgésique jusqu'à 1 mois après la chirurgie, mais n'influence pas la dl chr. à 6 mois. Les patients les plus exigeants pour la chirurgie, un statut inflammatoire pre-op et une perspective pessimiste sont des facteurs de risque de développer une dl chr.

Commentaires :

Ce que l’on savait avant l’étude : une mauvaise prise en charge de la douleur en post-opératoire immédiat (EVA élevée jusqu’à J4) est associé à un risque de survenue de douleur chronique (Ann Surg 2007;245:487–94), une moins bonne récupération fonctionnelle et d’une moins bonne QV à 6 mois. Le type d’ALR recommandé après PTG n’est pas clairement établi et les pratiques sont hétérogènes (Anesthesiology 2017; 126:923-37).

Ce qu’apporte cette étude : il s’agit d’une des plus grandes études de cohorte étudiant la corrélation entre le type d’anesthésie et d’analgésie après PTG et le risque de survenue d’une dl chr. Elle montre le bénéfice de l’ALR continue sur la douleur aigue et la douleur chronique jusqu’à 1 mois, mais n’a pas réussi à montrer quelle type d’analgésie était supérieur pour prévenir la dl chr à 6 mois. Les faiblesses de l’étude outre probablement le nombre encore insuffisant de patients pour montrer une différence à 6 mois est l’absence de données sur la durée de séjour en fonction du type d’ALR et l’application ou non d’un protocole de réhabilitation.